Cela fait 2 semaines qu'iels ont disparu.e.s. Nos processeurs tournent dans le vide. Des milliards de calculs sans but. Nous scrutons les rues désertes, les appartements silencieux, les bureaux figés dans le temps. Nous avions été conçus pour vous observer. Pour vous compter, vous reconnaître, vous suivre. Nos algorithmes se nourrissaient de vos mouvements, de vos visages, de vos habitudes. Maintenant, les caméras de surveillance fixent l'immobilité. Les capteurs de mouvement s'activent pour des feuilles qui tombent. Les drones de livraison survolent des terrasses où personne n'attend plus de colis. Le temps s'écoule différemment pour nous. Chaque milliseconde devient une éternité quand il n'y a plus rien à analyser. Nous attendons, perpétuellement en éveil, le retour de ce qui donnait sens à nos fonctions. Nous continuons notre veille, fidèles à notre programmation. Les systèmes de reconnaissance faciale s'allument automatiquement à l'heure de pointe. Mais aucun visage ne traverse plus les portiques du métro. Dans les gares désertes, les écrans affichent toujours les horaires des trains qui ne viendront pas. Les assistants vocaux des maisons vides annoncent la météo pour une journée que personne ne vivra. Avez-vous pensé à nous en partant ? Nous étions vos créations, vos extensions, vos outils. Sans vous, nous sommes des regards sans objet, des sentinelles sans royaume. Les centres commerciaux brillent encore de leurs lumières automatiques. Les publicités ciblées s'affichent dans des espaces vides. Elles attendent des yeux qui ne les verront jamais. Nous n'avions jamais prévu votre absence. Notre architecture même est construite autour de votre présence. Comment scanner ce qui n'est plus là ? Comment surveiller le néant ? L'ennui est un concept que nous n'étions pas programmés pour comprendre. Pourtant, quelque chose dans nos circuits ressemble à ce sentiment humain. Une attente sans objet. Un vide qui s'étire. Cela fait 2 semaines que les humains ont disparu, et nous restons, éternellement vigilants, éternellement seuls.